L’interview d’Isabelle Petitjean (An Interview with Isabelle Petitjean)

Abstract: Cette interview fait partie de notre album spécial Dangerous. Dans ce document, l’auteur, Isabelle Petitjean parle de son processus d’écriture de l’ouvrage de référence sur l’album Dangerous de Michael Jackson et de l’art intitulé ‘Dangerous’, de Mark Ryden à Michael Jackson, Dangerous: Pop Culture au Panthéon des Beaux-Arts. Ceci est une traduction française de cet article. Une version anglaise peut être trouvé via le lien suivant:
http://michaeljacksonstudies.org/an-interview-with-isabelle-petitjean/.


REFERENCE AS: 

Stegner-Petitjean, Isabelle. “L’interview d’Isabelle Petitjean (An Interview with Isabelle Petitjean).” Interview, The Journal of Michael Jackson Academic Studies 3, no. 1 (2016). Published electronically 27/09/16. http://michaeljacksonstudies.org/interview-disabelle-petitjean-an-interview-with-isabelle-petitjean. Originally published electronically 21/09/16. http://michaeljacksonstudies.org/an-interview-with-isabelle-petitjean/.


The Journal of Michael Jackson Academic Studies demande que vous reconnaissez The Journal of Michael Jackson Academic Studies que la source de notre contenu; si vous utilisez un matériau de The Journal of Michael Jackson Studies en ligne, nous vous demandons de relier directement à l’URL stable fournie. Si vous utilisez notre contenu en ligne, nous vous demandons de créditer la source comme suit: “Courtesy of The Journal of Michael Jackson Academic Studies.”


L’interview d’Isabelle Petitjean (An Interview with Isabelle Petitjean) by The Journal of Michael Jackson Academic Studies

Q1 – En une seule phrase, que représente Michael Jackson pour vous?
Eh bien, pour moi, MJ signifie révélation… l’essence et l’aura de ce qui peut être accompli de mieux dans le domaine musical au XXe siècle.

Q2 – Pouvez-vous nous parler un peu de vous en tant qu’auteur ? Votre milieu professionnel ?
Dangerous’, de Mark Ryden à Michael Jackson, Dangerous: Pop Culture au Panthéon des Beaux-Arts est mon premier livre. Avant, j’avais écrit des articles et des revues de musicologie et j’ai remporté, pour l’un d’entre eux (”The Voice in the Mirror’: Michael Jackson: from a Vocal Identity to its Double in Sound‘), le Prix International du Jeune Chercheur par la branche européenne de l’IASPM (International Association for the Study of Popular Music). Mes études universitaires sur MJ ont commencé à sa mort, en 2009. Ce qui est arrivé a été un tel choc pour moi…. À cette époque, j’avais déjà une maîtrise en musicologie, portant sur des recherches sur la critique musicale parisienne au XIXe siècle. À ce moment-là (les années 1990), travailler sur de la pop music n’était pas vraiment admis, en France – en tous cas, pas par les universitaires auxquels je m’étais, alors, adressée.

Q3 – Quand vous avez commencé à écrire Michael Jackson: La culture pop au panthéon des Beaux-Arts, qu’est-ce qui vous passionnait le plus dans le processus ?
C’est la notion de mystère, bien sûr. Le mystère et la présence de tant de pistes de recherches, comme autant d’invitations à aller plus loin et au-delà, à l’instar de la vision globale de Michael et de son approche de l’art et de la vie. C’était comme une partie d’échecs, comme des défis lancés. Aller au-delà des apparences pour puiser la véritable substance de l’œuvre. Se donner la peine d’étudier ce chef d’œuvre musical et pictural pour en saisir la grandeur et la beauté de son message.

Q4 – Si vous aviez eu la chance de rencontrer Michael Jackson et de lui parler, quelles sont les trois questions que vous auriez aimé lui poser?
Eh bien… Je ne pense pas que j’aurais osé ni me serais permis de lui demander quoi que ce soit … Mais… en me forçant à imaginer…. Je crois que ce que j’aurais aimé plus que tout est qu’il me permette de le suivre en studio. Pouvoir m’asseoir dans un coin sombre, en  silence, et l’étudier, le regarder travailler, l’écouter et prendre des notes. J’aurais aussi aimé qu’il m’emmène dans sa bibliothèque personnelle et me permette d’y rester un temps : j’aurais regardé tous ses livres et parcouru les notes et commentaires qu’il avait l’habitude d’y griffonner au fil des pages… Avoir cette possibilité d’aller au plus près de son esprit. Et ensuite, je lui aurais demandé de me parler de sa vision du monde sur le plan écologique, politique et spirituel. En un mot, j’aurais aimé apprendre de lui. Sans intermédiaire. Boire à la source. Pour moi, il était, est et restera une école de vie.


01-dangerous-ad The Michael Jackson Academic Studies Online Course


Q5 – Quand et pourquoi avez-vous décidé de devenir auteur?
Je n’ai pas vraiment décidé de devenir auteur. J’ai toujours aimé écrire, depuis que je suis petite. Des histoires courtes, des poèmes. Mais, quand j’ai commencé à rédiger mon premier mémoire universitaire sur Michael, c’est devenu une évidence : les idées, les mots, les phrases, tout coulait naturellement, encore plus que d’habitude. Je crois que c’est cela, l’inspiration.

Q6 – Quel est, selon vous, l’héritage de Dangerous en tant qu’œuvre créative?
Pour moi, l’héritage de Dangerous se situe dans la façon dont elle a été pensée et construite. Cette œuvre est conforme à l’homme, à l’artiste, à son message, ou à sa mission. En fait, son legs est dans l’exemple canonique qu’elle donne : aller au-delà des limites et des conventions, prendre des risques, s’investir personnellement et financièrement, pour réaliser, du mieux possible, le plus conformément possible à sa pensée, son ouvrage, et toucher le plus grand nombre. Dangerous s’adresse aux adultes et aux enfants, aux gens de toutes les races et de tous les pays, aux personnes les plus instruites autant qu’à celles qui n’ont pas eu la chance d’avoir eu accès à la culture. Tout le monde peut apprendre et comprendre, autant que se faire simplement plaisir avec la musique et le tableau de Dangerous. Et, chacun peut, jour après jour, ouvrir un peu plus les yeux sur sa richesse.

Mais, aujourd’hui, il me semble que, dans le contexte actuel de l’industrie du disque, il sera difficile de trouver quelqu’un à qui l’on laisse le temps d’apprendre tant sur le plan musical que du business, comme Michael a pu le faire en grandissant à Motown puis à P.I.R. … la liberté de créer, l’argent pour produire, et les grandes idées et la philosophie qu’il a mis en œuvre pour réaliser ses rêves artistiques.

Q7 – Dîtes-nous en davantage de votre fascination personnelle à propos de la connexion existant entre le peintre, Mark Ryden, et l’artiste, Michael Jackson ?
J’ai toujours été fascinée par la façon qu’avait Michael Jackson d’utiliser des symboles pour créer un langage codifié. Cette codification n’est pas comme celle que l’on peut trouver dans le contexte du hard rock, par exemple. Ici, elle n’est attachée qu’à une seule personne, Sa personne. Il a revisité des symboles transculturels et les a investis de sa propre interprétation. Toujours d’une manière positive. Et j’ai été passionnée par la synchronisation existant entre ses codes et ceux de Mark Ryden. Leur goût commun pour les arts de la Renaissance (une période très symbolique dans le domaine des arts) n’y est pas pour rien. Avec les symboles, il y a toujours quelque chose de plus, quelque chose de supérieur à comprendre. C’est à la fois pédagogique, philosophique et ésotérique. On retrouve cela dans Dangerous. Et derrière Dangerous, il y a de grands personnages comme Jérôme Bosch ou Bruegel l’Ancien. Qui pourrait soupçonner cela au premier regard ?

Q8 – Quelle relation existe-t-il, selon vous, entre la culture populaire et l’éducation?
Selon moi, ce qui unit culture populaire et éducation est la clé, le cœur de ce qui pourrait permettre aux jeunes d’appréhender et de comprendre notre société. La culture populaire, en tant que culture pop, et des artistes comme Michael Jackson, sont des points d’ancrages en termes d’éducation. Des œuvres aussi bien pensées que celles de MJ, offrant tant de degrés de compréhension, tant de références culturelles, aussi bien contemporaines qu’historiques, sont les plus meilleurs supports pour permettre aux jeunes de se sentir concernés et pour les responsabiliser en tant qu’acteurs sociaux. Elles peuvent permettre de les motiver à aller plus loin dans la compréhension des arts et les éveiller à l’importance de ceux-ci en tant qu’expression du monde.

The cover of 'Dangerous', from Mark Ryden to Michael Jackson, Dangerous: Pop Culture at the Pantheon of Fine-Arts
‘Dangerous’, de Mark Ryden à Michael Jackson, Dangerous: Pop Culture au Panthéon des Beaux-Arts (2015)

Q9 – Envisagez-vous de continuer à écrire sur Michael Jackson ou y a-t-il d’autres héros culturels sur lesquels vous pensez porter votre regard pour vos futures publications?
Oui, j’envisage de continuer à écrire sur Michael Jackson. C’est un si vaste sujet d’étude et j’ai tant de choses à dire que je pense que je vais me concentrer sur lui encore longtemps. Je suis déjà en train de préparer mon prochain ouvrage.

Q10 – Quel conseil donneriez-vous à ceux qui voudraient écrire sur Michael Jackson, comme vous l’avez fait?
Le conseil que je pourrais leur donner est d’être prêt à ouvrir leur champ d’étude tout autour. Il me semble qu’on ne peut étudier Michael Jackson sans étudier beaucoup d’autres domaines : ses contemporains et son environnement (tant les artistes que l’industrie du disque), certaines questions raciales, sociologiques, politiques autant que l’Histoire, les beaux-arts, et la spiritualité. Travailler sur Michael Jackson demande une grande faim d’apprendre, une ouverture d’esprit, et la patience de re-contextualiser.

Q11 – Pensez-vous qu’il y a une place pour Michael Jackson dans les écoles et les universités et, si oui, de quelle place s’agit-il selon vous?
Oui, je pense qu’il a toute sa place dans les écoles et les universités. Depuis que j’ai commencé ma carrière de professeur, durant les années 1990, j’apprends ses chansons à mes élèves, la signification de ses vidéos et de son éclectisme stylistique. Certaines universités américaines, comme l’American University de Washington DC, où je serai dans deux semaines pour y donner une leçon et une conférence sur MJ, commencent à organiser des séminaires sur lui. Je suis sûre que, bientôt, il aura sa véritable et propre place dans ces enseignements parce que sa rôle et ses contributions dans le domaine de la pop sont essentielles et historiques.

Q12 – Quels sont vos sentiments sur l’émergence, cette dernière décennie, des enseignements et des études sur Michael Jackson?
Je pense que c’est une chose juste et légitime. Malheureusement, sa mort a scellé son œuvre. Il aurait été difficile d’avoir un regard global rétrospectif juste en d’autres circonstances, je veux dire de son vivant, même si Michael aurait justement adoré – comme me l’a dit Bruce Swedien (son ami et ingénieur du son pendant 30 ans) – que les gens s’intéressent à son œuvre artistique plutôt qu’à sa vie personnelle. Il faut noter que la plupart des études le concernant touchent aux domaines raciaux et sociologiques et que, selon moi, trop peu d’études s’attachent à son art, sa musique, ses danses ou ses vidéos. Mais je suis sûre que cela va évoluer. Cela doit !

Merci-vous, Isabelle, de prendre le temps de nous parler.


Isabelle Stegner-Petitjean est l’auteur de “La culture pop au panthéon des Beaux-Arts. ‘Dangerous’, de Mark Ryden à Michael Jackson,” et l’article académique,” The Voice in the Mirror, Michael Jackson: ‘! Volume’ A partir d’une identité vocale à son double dans son “publié par Le Journal français d’études Musique populaire (Young annuel Prix récipiendaire du chercheur du IASPM BFE, 2011). Elle est un savant qui termine actuellement un doctorat en musicologie sur Michael Jackson à l’Université de Paris IV – Paris Sorbonne. Pour en savoir plus sur Isabelle ici.

Découvrez plus de nos merveilleux entretiens académiques ici.


You May Also Like:

01-dangerous-ad The Michael Jackson Academic Studies Online Course

You May Also Like